Je continuerai seule…

Avec mon compagnon, pas de dialogue, pas de réponse, pas d’avancée depuis deux mois, depuis l’échec du 1er transfert en don d’ovocyte.

Plusieurs semaines de réflexion après… J’en ai fait le tour 1000 fois dans ma tête.

Ma décision est prise. Je continue, seule.

Si j’attends encore qu’il soit prêt, sachant que j’ai déjà attendu plusieurs années qu’il pense l’être, je finirai par lui en vouloir. Les doutes de mon compagnon, quels qu’il soient, et même si je pourrais les entendre et les comprendre, ne peuvent pas m’empêcher de me réaliser. Il ne les connaît peut être même pas lui meme : quelles sont ses peurs? Quels sont ses doutes?

Au lieu de continuer à réfléchir et essayer de comprendre les siens, j’ai enfin décidé de réfléchir aux miens.

Et maintenant que j’ai pris ma décision, tout cela me semble très clair, tres simple et surtout tres juste.

Il prendra ensuite la décision qu’il voudra. Mais pas à ma place. Trop d’années que je ne suis pas mon chemin parce que je suivais le sien.

Aujourd’hui, je suis moi, et j’agis pour moi. Je suis ma meilleure amie. Enfin.

A l’arrêt 

Nous sommes a l’arrêt.

A l’arrêt dans notre protocole.

A l’arrêt dans notre couple.

A chaque étape je ne pensais pas qu’il fallait se reposer la question. Visiblement mon compagnon, oui. Notre embryon congelé nous attend… il suffisait de signer le nouveau consentement mutuel.

Mais non. Il n’a pas voulu.

Il me fait du chantage.

Me dit que de toutes façons j’ai peur.

Oui j’ai peur!!! Encore les statistiques. 20% de chance avec 1 embryon congelé. Sans oublier 10% de chance qu’il se decongele mal…

Je pensais juste qu’il allait me consoler, me dire « ca va marcher mon amour « …

Non. Il est parti trois jours en vacances avec ses enfants. 

L’art de me soutenir.

L’art de se mettre a l’arrêt.

Coup de cafard

Il y a un peu plus de six mois je me suis effondrée quand on m’a appris mon infertilité.

Puis j’ai compris que j’avais une chance d’être enceinte un jour grâce au don d’ovocytes.

J’y ai cru, ca m’a aidée a panser ma blessure.

J’ai quand-meme voulu essyer une stimulation.

Bien sûr ca n’a pas marché.

On a donc basculé sur une FIV avec ovocytes d’une donneuse.

Ca n’a pas marché.

Je suis si triste, malheureuse, perdue, en colère, inquiete…

Comme si la nature reprenait ses droits, me punissait -pourquoi? 

Pourquoi n’ai je pas droit a avoir un enfant ?

Le jour J

Vendredi 23 septembre 2016

Nous arrivons a la clinique a 14h.

Apres avoir rempli quelques formalités, le médecin nous rappelle le protocole. A l’issue de la ponction, les ovocytes seront inséminés avec le sperme frais de mon compagnon. Demain matin ils nous appelleront pour nous confirmer le nombre d’embryons fécondés ainsi sue leur évolution qui déterminera la date du transfert entre J+2 et J+5. Et puis bien sur on nous rappelle la réalité :

Atención, il n’y a qué 30% dé chances qué nous allions jusqu’au transfert

Mon compagnon rentre a l’hôtel tandis que l’infirmière m’accompagne à l’étage. Et lui demande de revenir dans deux heures, le temps de la ponction, de l’anesthésie et du réveil.
Je passe par un sas où je me déshabille. J’enfile une charlotte, l’espèce de blouse et les chaussons en papier vert. On m’installe une perfusion. Je n’en mène pas large, et l’infirmière remarque les petites larmes qui glissent sur mes joues et dans mon cou. L’anesthésiste vient me voir. Elle est douce, avec ce terrible accent espagnol aui m’enchante. Elle parle comme Palma de Rossi, me encanta. Elle me rassure sur l’intervention, elle connaît mon dossier, la ponction est une petite intervention, rien à voir avec ce qui m’est arrivé il y a quelques mois (je n’en ai pas encore parlé sur mon blog, ca viendra quand je serai prête). Elle m’encourage à penser non pas à de belles choses mais à des choses MERVEILLEUSES! Je me détends…
On m’installe au bloc. Ils sont nombreux. Trois infirmières, mon anesthésiste sortie d’un filmd’Almodovar, et le chirurgien. On m’explique qu’on va commencer par une échographie de contrôle avant de procéder à la ponction. 

Mon follicule est sur l’ovaire gauche. Quand je le sens chercher à droite, je comprends qu’il y a un problème 

Ils commencent à discuter et l’infirmière blonde semble être désignée pour m’annoncer la mauvaise nouvelle. Je coupe court à ces secondes d’asphyxie :

Hablo español, no se preocupe, he entendido. No hay foliculo. Mi campeon se ha ido…

OK il y avait aucune chance que j’arrive à tomber enceinte avec mes ovocytes. Mais je n’étais pas préparée à ça, à ce qu’on ne fasse même pas la ponction. A ce qu’il n’y ait olus de follicule vendredi après-midi. Je ne veux pas sombrer, pas m’enfoncer, pas craquer. C’est pas possible. Pas rentrer chez nous là comme ça. Ils sont désolés, je leur dis que ce n’est pas grave, c’était une éventualité, c’est la vie. Je repars avec l’infirmière. Elle m’enlève la perfusion. Mon anesthésiste arrive, me demande si je veux un anxiolytique. Non merci, ca va aller… 
Puis, avec le chirurgien, ils me proposent le plan B.

En route pour le 1er transfert

Septembre 2016

On s’était donné le temps de la réflexion pendant l’été, ca y est, on est sûr de notre choix. Et je suis prête. Même si honnêtement nous n’en n’avons pas beaucoup parlé tous les deux…

Bien que les médecins nous conseillent nous orientent vers le don d’ovocyte, je veux tenter un cycle de stimulation (pour une FIV avec MES ovocytes donc). ONE shot. Une fois, pour essayer, pour être allée jusqu’au bout. C’est une étape indispensable pour mon deuil « de filiation naturelle », même si je suis prête pour le don d’ovocyte, il faut que je le fasse d’abord, une fois. Je décide de commencer dès mon prochain cycle. 

Wouah, on y est…! Un mélange d’excitation, d’inquiétude… Peur de l’inconnu, peur du traitement médical, peur que ça ne marche pas… On nous a donné un % de réussite en dessous de 0,5… Autant dire ZÉRO. Mais j’y crois. 

Mardi 13 septembre 2016

J’appelle la clinique pour confirmer le début de mon cycle. Et je commence la stimulation : une piqure dans le ventre chaque soir, pendant 8 à 14 jours selon l’évolution du traitement. C’est Celine qui m’accompagnera sur cette étape, l’infirmière qui viendra chaque soir chez moi, avec bienveillance. Au bout du troisième jour, c’est moi qui me fais les piqûres toute seule, même si elle est fidèle à notre rendez-vous. 

Heureusement d’ailleurs car mon homme n’est pas très présent et j’ai l’impression que ces 20 minutes perturbent sa soirée plutôt qu’autre chose. Il va dîner chez les amis, je reste seule à la maison. Et quand nous sommes ensemble, le dîner ou le film se poursuivent sans moi… Celine m’encourage, elle ne connaît pas ces protocoles de PMA alors je lui explique. Normal au bout de six mois, on commence à être calée. Tous les trois jours je fais des analyses de contrôle. Moi qui n’avait jamais vraiment côtoyé le milieu médical, je n’ai même plus à décliner mon identité quand je vais au labo faire une prise de sang. J’en ai fait mille depuis six mois! Et puis des échos pour vérifier la bonne évolution des follicules et de l’endomètre. Pas vraiment de surprise : je n’ai qu’un seul follicule, quand une femme stimulée devrait en avoir quinze… Un seul, mais apparemment un champion qui grossit bien. Et l’endomètre est très bien. Mon premier « bon point » depuis 6 mois…

Mercredi 21 septembre 2016

Comme lundi j’envoie les analyses et l’echo du jour à la clinique. Qui m’appelle dans l’après midi : 

Etant donné qu’il n’y a qu’un seul follicule, vous pouvez annuler

En effet, il n’y a que 30% de chance d’aller jusqu’au transfert (étape 1: ponction des ovocytes / fécondation /transfert des embryons fécondés), puis si le transfert se fait 30% de chance d’une grossesse. Je demande un délai de réflexion. Tout à coup je doute, alors que je connaissais ces chiffres, je m’attendais même à des taux bien moins optimistes. Est ce bien utile? Risquer une anesthésie? Faire « tout ca » pour …rien? La clinique a  été très claire : nous obtiendrions les mêmes résultats (1 seul follicule) sur un autre cycle de stimulation, donc de toutes façons, on ne recommencerait pas. Je demande deux heures de réflexion.

La clinique me rappelle à 21h. Je veux aller jusqu’au bout du processus bien sûr. J’ai douté mais je ne doute plus. Je sais que statistiquement ça ne marchera pas. Mais je veux le faire, titiller ma bonne étoile. 

La ponction aura lieu vendredi. OK. 

Excitation, stress et surtout branle bas de combat car on pensait que ce serait plutôt la semaine suivante. Donc il faut s’organiser, pour le boulot, et réserver un Hotel à Barcelone. Puisque le départ est pour jeudi soir. Je mets mon réveil puisque j’ai une nouvelle piqure à faire en plein nuit, c’est la décharge ovulatoire avant la ponction. Tout est bien rodé. 

Je prépare ma valise. Je ne sais pas comment m’habiller pour le jour J? Et après la ponction, est ce que je serai gonflée suite à l’intervention? Et après le transfert quelques jours après, est ce que je pourrai mettre un jean? Et puis on ne sait pas combien de temps on va rester car le transfert (de l’embryon fécondé) se fait entre J+2 et J+5 après la fécondation. On se dit qu’on ira à Sitges à la plage en attendant. On prend aussi les maillots.

Jeudi 22 septembre 2016

20h. On prend la route pour Barcelone. Je suis gonflée, un peu incommodée. On arrive à l’hôtel un peu avant minuit. J’ai pu réserver dans le même Hotel qu’en juillet, à deux pas de la clinique. On a nos marques. Tout est au vert. On est même surclassé, je ne vois que des signes positifs, j’y crois… 

Vendredi 23 septembre 2016

Réveil en douceur après une bonne nuit. Mon chéri bosse dans la suite à côté. Je trouve le temps long jusqu’à 14h, d’autant que je dois rester à jeun. J’enlève mon vernis, je bouquine. Et à 14h nous arrivons à la clinique.

Mon follicule est-il un champion? Ma bonne étoile m’a-t-elle accompagnée?